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A un jet de pierre Quand le motif est une boule, bien réelle d’abord, carapace impeccable composée de clous, coquilles, graines, faines, élytres, pierres ferreuses semblables et répétés mais cachant, qui sait ?, une incohérence intérieure ; ensuite image redimensionnée, redressée, tendue entre deux verticales, le processus est tout autre. La boule ainsi aplanie et mise en l’air, ce n’est plus la narration qui s’esquive, ni la surface qui s’effrite, mais la plénitude qui se soustrait. Se dérobant s’ouvre et donne le vertige. La boule donc et ce qu’elle enclôt. Précisément rien puisqu’elle est en photo et à deux dimensions, quoique éventuellement réversible. Mais elle fait illusion. Bien et solidement installée dans la nature, elle semble tombée du ciel, chue par hasard du macrocosme où elle gravitait dans le microcosme où nous habitons, planète en réduction venue troubler la continuité de notre petit monde. Ce cocon patient, dilaté d’abord par quelque artifice, puis par notre marche vers lui, cette sphère supposée fait en fin de compte comme un trou dans la bâche plus sombre qui la soutien, et même un trou dans le paysage (un tunnel, peut être un passage vers ailleurs). Prétexte à remettre la réalité à sa bonne place et à sa vraie taille. Prétexte à nous priver des abris sûrs où on s’enferme : on croit entrer, on sort (dehors/dedans, surface et profondeur comme chez Kapoor : la nappe uniforme et aveuglante se creuse devant l’œil et finit par se mettre à danser). Ces jeux de lumière, de plein et de vide, nous font perdre pied. La boule sous les projecteurs est familière et menaçante, massive et immatérielle, parfaite et insaisissable ; efficacement prenante en somme.
Marianne Vidal
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