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LA PRESENCE DU PAYSAGE Peut-on concevoir une culture qui se priverait du paysage comme moyen d’éprouver le rapport qui nous unit au monde dont nous dépendons, dans lequel nous vivons, où nous reposerons un jour ? Nous est-il possible de reconstituer cette unité primitive grâce à laquelle nous nous sentons inclus dans un tout, prolongeable à l’infini, dont nous serions un laps de temps le centre. C’est ce style d’impression que me donne la peinture de Paola di Prima, d’autant que je perçois son attachement pour les reliefs comme une reconduction allusive des limites du tableau, lequel ne met en exergue un « hic et nunc » que pour supposer un hors-cadre, disons un hors champ, un ailleurs, prétexte au prochain tableau. Retrouver par le tableau le lien qui nous unit au monde, à la terre mère et pourquoi pas, au vu des thèmes qui traversent ses, vidéos-projections sur installations du paradis perdu en nous – et hors de nous. Cela ne signifie pas qu’il faut se placer devant les paysages du monde. Le lien dont je parle doit être retrouvé par la production. La peinture est une chose mentale –entre autres. La peinture de Paola di Prima est vouée à la paysagéité. Car ses paysages sont mentaux. Ce sont les reliefs, les vallonnements glaciaires, les spectacles de début du monde, à distance suffisante pour que n’y apparaisse pas la présence humaine, qui l’intéressent. L’artiste manifestement cherche à retrouver, puis inspirer, une émotion primitive et quel moyen sinon la couleur, vive et affirmée, serait à même d’en restituer la présence ? Notre pensée, analytique et logique, a tendance à diviser le monde en éléments identifiables et nommables comme tels. C’est davantage à une conception unifiée, synthétique, et donc inaccessible au langage, que nous entraînent les univers cernés de hauteurs proposés par l’artiste. Ainsi les lieux éloignés nous semblent-ils à portée de main, comme dans la vision de l’enfance, et peut-être celle du primitif, peu enclin à s’occuper des rigides lois de la perspective.
Paola di Prima recourt souvent à la pointe. Ses reliefs sont stylisés, les couleurs forment des plaques dans la constitution tellurique du tableau, ce qui revient à user de continuités là où règne, dans la nature le chaos, le hasard, l’inexprimable. Le rôle du peintre n’est pas de reproduire le réel dans son improbable exactitude (à quoi bon ?), il consiste à en livrer une interprétation qui nous fasse aspirer à une possible réconciliation avec le monde. Seul le regard de l’artiste a le pouvoir de faire émerger un tel sentiment d’unité. De donner corps au chaos. De réorganiser l’incohérence apparente des choses autour de nous. Or que signifie prendre à bras le corps le chaos qui en nous suscite un tel malaise sinon se mettre à peindre ? Certaines œuvres suivent les tendances dominantes du temps. Elles prennent le risque de passer avec le temps. D’autres résistent : font confiance à des modes d’approche du réel éprouvés : le tableau, la couleur, le paysage. Elles prennent et attendent leur temps, d’autant qu’elles situent leur vision dans une certaine intemporalité, celle du regard à poser sur un environnement perçu avec les yeux de l’origine, syncrétique au lieu d’analytique. C’est sans doute de ce regard, pimenté par les pigments restitués à la terre, dont nous avons le plus besoin aujourd’hui. BTN
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