RACINES
Comme les pivoines, le fifre ou les asperges de Manet, les racines végétales de Paola di Prima se présentent à nous sur un fond neutre - ou d’une paysagéité bien improbable et qui tend de plus en plus à s’estomper. Sa démarche s’inscrit donc dans une certaine continuité historique qui a vu la remise en question de la figuralité perspectiviste avec toutes les postulations rationalistes qu’elle supposait, dans l'affirmation de la planéité de la surface. En fait la forme végétale qui traverse ses derniers tableaux semble comme portée par la peinture en laquelle elle baigne ou flotte, un peu comme si elle se trouvait en son élément naturel. C’est qu’elle n’existe que par la peinture ce que ne prouvent que trop les manipulations de l’artiste à partir du tableau horizontal avant le redressement mural.
Ce passage de l’état de genèse, que nous ne voyons pas mais que nous supposons, est comme l’en deçà ou si l’on préfère le sous-bassement de l’œuvre visible. En ce sens Paola di Prima montre ce qui est habituellement caché, à l’instar des racines sous la terre. On peut donc dire que ses rhizomes et autres cucurbitacées (on peut difficilement trouver nom plus allusif, à part le mot concupiscence, le plus beau de la langue française selon Gide) métaphorisent le processus même qui voit l’élément végétal se redresser tant bien que mal sous nos yeux et à accéder à une dimension nouvelle, hors du commun.
On notera que, l’essor de la figure tend vers le sommet du tableau parfois même envisage un hors champ, un au-delà de sa surface. Mais en règle générale le faîte de la forme indécise et tératologique tend à s’incurver à l’approche du sommet du tableau, comme s’il s’agissait de se soumettre à ses limites.
C’est qu’il en est de même de la sexualité humaine, dans sa misère comme dans ses sublimations, l’expression artistique étant l’une d’entre elles.
Quant à la question du sexe, entende celui qui a de bons yeux. J’ajouterai ceci : le traitement de la couleur peut rappeler tous les modelés virtuellement concevables que l’ordinateur met aujourd’hui à notre disposition.
C’est en ce sens que la Peinture perdure : c’est qu’elle est d’autant plus à même de rivaliser avec ce qui la contredit qu’elle est toujours apte à l’englober pour s’en enrichir et se renouveler. Ce que fait Paola di Prima.
BTN Critique d’art